15.09.2008

Petit Plaidoyer pour le futur discours du Parti Libéral Démocrate

Juste une petite suite à notre débat à l'université libérale d'été de Bourgogne.

Sans le bon vin de Bourgogne, mes opinions restent les mêmes mais j’ai taché de les organiser un peu mieux.


I- Le libéralisme, le vilain petit canard du paysage politique.


Le libéralisme a (encore) une très mauvaise réputation en France. Rappelez-vous, il y a trois ans. Il fallait voter OUI au referendum sur l’Europe pour résister au libéralisme ou voter NON pour résister au libéralisme.

Certes nous avons beaucoup d'adversaires, mais enfin si un chef d'entreprise vient vous voir en disant « je n'arrive pas à vendre mes produits, mais j’ai une excuse : j’ai des concurrents que les clients préfèrent. » Vous avez le droit de penser 'Rigolo' en l'écoutant.

Ce ne sont pas les propositions -le fond- (on a raison he he) qui me semblent en cause, mais surtout la forme, le discours :

 

- trop sec, sans assez de place pour l’affirmation de nos valeurs, pourtant fédératrices.

- truffé de scories qui ne sont ni libérales, ni attractives.

 

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II- Les valeurs libérales et le discours


Les électeurs en sortant de l'isoloir sont souvent incapables de détailler UNE mesure technique prônée par le candidat pour qui ils ont voté.
Ils parlent d'une intention 'travailler plus pour gagner plus' et d'une série de valeurs 'la nation, la justice sociale’ etc…


Lors de la campagne présidentielle, N. Sarkozy, en bon conservateur, a vraiment pris un avantage lorsqu'il a commencé à parler de Jaurès, de Victor Hugo, des poilus ou de la France qui s’excuse tout le temps. Pas vraiment des mesures concrètes.

Nous connaissons bien les valeurs libérales. Mais demandez à votre entourage -y compris des sympathisants potentiels- ou à des inconnus les valeurs défendues par les libéraux :

Il y a de forte chance pour que cela donne : « la compétition, l'argent et l'entreprise comme unique vision de la vie ».
Ce n'est pas seulement faux. C'est totalement anti-sexy pour 95% de la population.

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Et qui voudrait faire confiance -sur des mesures techniques qu'on ne comprend pas tout à fait- à des gens qui ont l'argent, la compétition et l'entreprise comme unique vision de la vie ?
Pas moi. Ni vous sans doute. Les électeurs, les journalistes non plus.


Et le pire dans ce malentendu, c'est que nos valeurs sont TRES populaires et que notre famille philosophique en est très officiellement à l'origine.
Il s'agit de la liberté, de l'égalité devant la loi, de la propriété, du droit des citoyens de contrôler ce que font les Etats ou du droit de chercher le bonheur sans avoir un Etat pour nous dicter comment mener notre vie.

En gros, la déclaration des Droits de l'Homme de 1789. Rien que ça.

Les électeurs ne veulent pas d'un discours intellectuel stratosphérique, mais ils ont aussi besoin de savoir que les mesures concrètes qu'ils vont soutenir ne sont pas seulement efficaces, elles sont aussi justes.


Le rôle d'un parti politique n'est donc pas seulement de défendre des propositions concrètes, mais aussi d'affirmer les valeurs qui en font des propositions justes.

Si nous parvenons à faire coïncider notre image avec nos valeurs, nous aurons beaucoup plus de facilité à faire passer nos propositions concrètes.

Mais affirmer nos valeurs ne sera pas très efficace si nous persistions à polluer notre discours avec des considérations qui ne sont ni libérales, ni attrayantes…


III) Le Syndrome 'Communiste soviétique refoulé"


Les injonctions collectivistes pour « travailler plus, s'adapter plus » appartiennent aux communistes soviétiques, pas aux libéraux. Elles sont à la fois inutiles, illibérales et franchement paternalistes (tendance sévère).

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Ce n'est pas à l'Etat et certainement pas à  un parti politique libéral de dire aux Français s’ils doivent travailler plus ou moins, s’ils doivent fabriquer plus ou moins de chaussures, de savonnettes, s’ils doivent faire des efforts pour tenir les objectifs d'un hypothétique gosplan républicain.


Ce que les libéraux défendent c'est un Etat qui n'empêche pas de travailler ceux qui veulent travailler, et qui ne leur pique pas le fruit du travail à la fin de la journée (pour le donner à ceux qui ne travaillent pas…)
Après c'est à chacun de décider s’il veut travailler plus ou moins, selon ses besoins, la période de sa vie ou ses objectifs personnels.
De toute manière les individus laissés libres vont plutôt naturellement construire, imaginer et travailler. Sans avoir besoin de les gronder ou de les culpabiliser.

Nous n'avons rien à gagner à adopter un langage collectiviste, éloigné de nos valeurs et très agaçant pour beaucoup d’électeurs.

Les libéraux n'ont pas à dire "Les Français doivent faire l'amour 4 millions de fois par semaine". Ce serait grotesque.
Ils disent "Les libéraux défendent le droit à une vie personnelle libre entre adultes consentants."
Le résultat sera strictement le même, et il vaut 1000 fois mieux être celui qui défend des droits fondamentaux que celui qui fixe des objectifs macroscopiques contraignants.

Ce qui est valable pour les câlins l'est aussi pour toutes les activités humaines. Y compris le travail, l'adaptation, le goût d'entreprendre ou de créer.

Les libéraux défendent les droits fondamentaux de la personne et un Etat taillé pour les défendre, ils ne défendent pas des objectifs collectifs.


IV Le syndrome « Etre libre, c’est porter un costume-cravate »

Les libéraux défendent la personne libre.

Et par ricochet la libre entreprise. Mais il ne faut pas inverser la hiérarchie. Nous ne sommes pas les supplétifs des ressources humaines ou des directions générales des entreprises.


Ils sont très respectables, mais ils sont surtout assez grands pour motiver eux-mêmes leurs salariés, pour définir eux-mêmes leurs valeurs ou leurs mythes fédérateurs.

Ce n’est pas le rôle d’un parti libéral.

L’usage que fait –ou voudrait faire- chaque personne de sa liberté est personnel.

A part nous fâcher avec tous ceux qui n’ont pas pour objectif d’être cadre dirigeant, nous avons tout intérêt à tenir un discours positif et le plus large possible.

Presque un discours sonnant comme certaines méthodes de développement personnel.
Vous savez le genre :
« Tu veux faire de la guitare électrique ? Alors fais la guitare électrique et fais en le mieux possible.
Tu veux faire de la recherche scientifique ?  Alors deviens chercheur, fais en le mieux possible.
Tu as le talent d’enseigner ? Alors deviens enseignant, et fais le, le mieux possible…»

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Le libéralisme affirme que les différents usages de la liberté ne s’opposent pas –pour peu qu’ils n’empiètent pas sur la liberté & propriété du voisin.
Le libéralisme affirme que les intérêts s’harmonisent spontanément, sans planificateur étatique.
Le libéralisme affirme que l’avenir est imprévisible et que des découvertes positives pour toute la société proviennent d’essais parfois improbables effectués par des excentriques.

A partir de là, nous avons toutes les fondations pour bâtir un discours à la fois juste d’un point de vue libéral et qui parle à davantage de gens que les décideurs de plus de 45 ans.

Et qui sera en plus beaucoup plus efficace pour défendre la liberté économique.

Je n’utilise pas la liberté d’écrire des symphonies. Pourtant je suis bien content que Beethoven ait disposé de cette liberté là. Sa liberté m’enrichit parce qu’elle lui a permis de faire usage de son talent qui profite ensuite à toute la société.
Je n’utilise pas la liberté d’inventer des vaccins. Pourtant je suis bien content que Pasteur ait disposé de cette liberté là. Sa liberté m’enrichit parce qu’elle lui a permis de faire usage de son talent qui profite ensuite à toute la société.
De même, je n’utilise pas forcement la liberté de créer une entreprise. Pourtant je suis bien content que des entrepreneurs disposent de cette liberté là. Leur liberté m’enrichit parce qu’elle leur permet de faire usage au mieux de leur talent.

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Défendre toutes les libertés, y compris celles dont nous n’avons pas l’usage ou dont nous ne comprenons pas l’usage, est dans notre intérêt.

Et les libéraux rassembleront beaucoup plus électeurs s’ils ne défendent pas quelques libertés, mais toutes les libertés à la fois.


Ne parler des libertés ou des talents qui n’intéressent/ ne valorisent que les gestionnaires, les décideurs ou les cadres –comme cela a été le cas dans le passé-, c’est se condamner à n’avoir comme bassin d’électeurs que les gestionnaires, les décideurs ou les cadres.  Et à avoir une certaine hostilité de tous les autres…

V- Conclusion.

Je m’arrête là pour aujourd’hui. Je  ne sais pas si j’ai un seul lecteur qui a eu la patience de me suivre jusque là, et je ne voudrais pas le perdre.

Vous (tu ?) avez donc échappé à mon développement des autres syndromes que je résume en une ligne :
« Etre libre, c’est être libre de travailler »
La recherche du bonheur passe par le travail, mais pas seulement. S’il n’y a que les étatistes qui parlent de loisirs tandis que les libéraux du travail, il ne faut pas s’étonner que les électeurs préfèrent les étatistes.

« Le libéralisme, c’est moderne donc c’est bien ; parce que ce qui est moderne c’est bien »
Beaucoup de Français aiment l’histoire et la tradition. La modernité n’est pas forcément toujours positive. Le libéralisme permet d’inventer librement l’avenir,  mais lui, au contraire, est une philosophie née au siècle des Lumières (+10 points), largement développée par des Français (+10 points). Une sagesse patinée par le temps en quelque sorte dont nous nous sommes malheureusement écartés sous l’influence des apprentis sorciers étatistes.

Le parti libéral démocrate a beaucoup d’atouts. Avec un discours plus large, il peut facilement capter les libéraux historiques qui y retrouveront leurs petits et dans le même temps intéresser de nombreux jeunes complètement désabusés par un système étatique conçu pour le confort des baby-boomers.

Ce ne sont pas les « valeurs » qui sont en crise. Ce sont les valeurs collectivistes étatiques contraignantes.
Ce n’est pas un discours sur les valeurs qui est agaçant pour les électeurs, c’est un discours sur des valeurs collectivistes étatiques.

A nous de défendre des propositions concrètes appuyées sur des valeurs libérales.