20.07.2008

Libéralisme versus Industrialisme

Le libéralisme a un adversaire omniprésent (et ultra-dominant en France) : l'étatisme. Il a aussi un faux ami qui lui a fait beaucoup de tort hier comme aujourd’hui et qui affaiblit considérablement la diffusion des idées libérales : l’industrialisme.

Et comme dit l’adage (ou Antigone II de Macédoine) « Seigneur, protégez moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge », se protéger des ses faux-amis est parfois une tache plus compliquée que de s’opposer à ses adversaires.

Pour ce qui est de s’opposer à nos adversaires politiques, les étatistes, nous pouvons nous effectivement nous en charger. D’abord parce que la faillite tranquille du « modèle social » étatiste nous offre chaque jour des exemples de dysfonctionnement prévisible du dirigisme.

Ensuite parceque le discours étatique à droite comme à gauche provoque chez beaucoup de nos concitoyens méfiance, ricanement ou lassitude. Un discours libéral cohérent aujourd’hui absent de la scène politique française répondra à beaucoup d’attentes exprimées en creux par les réactions négatives aux frasques ‘volontaristes’ de Sarkozy comme aux jesuiteries du parti socialiste.

Le parti libéral démocrate pourra donc se charger de ses adversaires. C’est un bon début.

Pour ce qui est des faux amis du libéralisme, et contrairement aux vœux de la prière d’Antigone, il faudra aussi s’en charger nous-mêmes. La présence d’un Seigneur protecteur, en tout cas dans le domaine de la politique étant loin d’être établie.

L’industrialisme est une doctrine visant à développer l’industrie. Ce qui n’est pas en soi un problème - sans industries, pas de prospérité – mais ce n’est pour les libéraux n’est ni une fin en soi, ni même un début.

Le libéralisme est avant une philosophie du droit qui a pour base l’individu. Le libéralisme défend donc la sûreté, la liberté et la propriété de chaque individu sans préjuger de l’usage que fera cet individu de sa liberté ou de sa propriété –dans la mesure bien sur ou il ne l’utilise pour s’attaquer à la liberté ou la propriété des autres-.

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Il se trouve que les individus libres pour produire plus efficacement ont tendance naturellement à s’associer en entreprises hiérarchisées, mais ce n’est ni un objectif, ni même un point de départ.

Les libéraux ne défendent pas l’entreprise libre en tant que tel, ils défendent le droit de chaque individu à contractualiser, à échanger, à s’associer et à jouir du fruit de son travail librement. Ce qui par ricochet revient dans de nombreuses situations à défendre l’entreprise contre l’étatisme, mais qui en aucun ne revient à défendre les entreprises contre les droits des individus.

Un parti libéral –comme un Etat- n’a rien a dire sur combien le pays doit produire de tonnes d’acier, combien il faut fabriquer de chaussures pour enfant ou combien d’heures il faut que les français travaillent par semaine.

Les industrialistes défendent parfois des politiques liberticides aux noms de statistiques macro-économiques que le pays devrait atteindre. Cette vision de l’économie fortement teintée de gosplan soviétique n’est pas libérale.

Par exemple, le slogan ‘Il faut travailler plus pour gagner plus’ n’est pas libéral. Ce n’est pas à l’Etat, ni à un parti politique de donner des objectifs de travail à des millions de citoyens libres. C’est à chaque individu selon sa vision de la vie, la période de sa vie, ses besoins et les contrats de travail que d’autres lui offrent qui peut décider de sa charge de travail.

Un slogan libéral serait ‘si vous voulez travailler beaucoup l’Etat vous laissera tranquille sur la façon de travailler et vous laissera jouir de fruits de votre travail, si vous voulez travailler moins l’Etat vous laissera tranquille pendant votre temps libre.’

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D’autant que sous nos tropiques, lorsque l'Etat dit ‘travailler plus pour gagner plus’, il veut dire ‘travailler plus pour financer plus nos usines à gaz collectivistes gaspilleuses de ressources en tout genre ’.

Les industrialistes sont aussi parfois en opposition avec les libéraux sur le protectionnisme, sur les subventions, sur les conflits d’intérêts entre certains rentiers et la libre entreprise.

Au XIX éme siècle, les industrialistes ont saboté le droit à la propriété des individus – un des principes fondateurs du libéralisme- devant la montée en puissance des conflits de voisinage entre les individus et les fabriques polluantes. Au début du XIX éme, la pollution était considérée comme une agression contre la propriété. La possibilité de poursuivre les pollueurs par les pollués, en plus d’être juste d’un point de vue libéral, aurait développé une jurisprudence assez riche pour une écologie avant l’heure.
Sous la pression des industrialistes, l’Etat a utilisé l’arme réglementaire pour gérer les problèmes de pollution annihilant la recherche d’accords satisfaisants pour les deux parties et rendant l’Etat vulnérable aux pressions des plus puissants, c'est-à-dire des lobbys pollueurs.

Aujourd’hui sur le temps ou l’organisation du travail, les industrialistes défendent des intérêts qui ne sont pas forcement ceux des individus libres –isolés ou s’associant librement en syndicats-. Et qui ne sont d’ailleurs peut être même pas les plus efficientes d’un point de vue économique. Les organisations des grosses entreprises ont à peine commencé à digérer les révolutions technologiques des dernières décennies.

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Les industrialistes sont parfois des alliés de circonstances des libéraux, (comme ils sont parfois des alliés de circonstances des étatistes.), mais un parti libéral n’a aucune raison –ni aucun intérêt- à les suivre sur certains terrains (promotion d’un mode de vie plutôt que d’un autre, défense de certains types d’organisations plutôt que telle autre, défense de règlements ou législations violant les droits d’individus isolés au profit de grandes organisations).

Les libéraux ont une boussole : la défense des libertés individuelles et du droit à la propriété individuelle. Condition nécessaire pour la prospérité économique par les variétés de solutions que ces mêmes individus peuvent trouver dans leur recherche du bonheur.

C’est cette boussole et seulement cette boussole qui est cohérente avec la philosophie libérale.

Et c’est cette boussole qu’attendent les citoyens français sortant de l’essoreuse étatique.

Commentaires

On ne peut plus d'accord avec toi!

Il faut le dire, le répéter, le marteler: contrairement à la croyance populaire, le libéralisme n'est PAS une doctrine économique mais une "philosophie" du DROIT.

En France, Le libéralisme est tellement caricaturé, dénaturé, que pour qu'il soit accepté, il faut que les libéraux "frappent" là où on ne les attends pas.

En défendant les individus contre le capitalisme d'État, profondément anti-libéral de par ses appels au protectionnisme, aux subventions, aux privilèges accordés à ceux qui peuvent influencer les politiques, comme tu le fais dans cet excellent billet.

En défendant le syndicalisme, et non les syndicats actuels, auxquels l'État a accordé un monopole de représentativité injustifié et injuste. En rappelant par exemple que ce sont les libéraux qui ont été les premiers à défendre le droit de se syndiquer et que ce sont eux qui ont fait passer ce droit dans la loi.

En mettant en avant le côté profondément "social" du libéralisme. Par exemple en expliquant que les premières victimes de l'excès de réglementations en tout genre ne sont pas les "patrons" ou les "riches" mais les plus pauvres, les plus fragiles.
Le logement est un excellent exemple: l'excès de réglementation dans ce domaine ne touche finalement que peu les classes "moyennes-hautes" et aisées, mais en premier lieu les plus pauvres car il a pour conséquence une flambée des prix et des demandes de garanties toujours plus importantes: cela ne gène pas les enfants des familles aisées mais empêche l'accès au logement de ceux des familles plus modestes (sans parler de la "ségrégation sociale" qui en découle, du blocage de l'ascenseur social etc.).
De la même façon les lois foncières constitue une véritable rente "garantie" par l'État payée par les nouveaux primo-accédants au profit des propriétaires en place.
Une libéralisation du logement et du foncier profiterait en premier lieu aux plus modestes, et c'est cela que les libéraux doivent mettre en avant, répéter, marteler.
Le SMIC est un autre bon exemple: cette barrière à l'embauche ne concerne clairement PAS la partie la plus éduquée de la population, souvent issue des familles relativement aisées, mais empêche l'obtention d'un premier emploi aux non-diplômés, non-qualifiés, les condamnant à la précarité et leur rendant impossible l'accès à l'ascenseur social. C'est ce qu'il faut mettre en avant, répéter, marteler.

En défendant l'égalité et non l'égalitarisme, en dénonçant les privilèges etc.

Pour les libéraux sociaux, en mettant en avant la création d'un chèque logement, d'un chèque éducation ou d'un chèque santé, et la liberté de choisir son école ou son assurance maladie, plutôt que de commencer par dire "privatisons le logement social, l'éducation et l'assurance santé". Lorsque l'on parle de création de chèque logement, de chèque éducation ou de chèque santé ou de liberté de choix de son établissement scolaire ou de son assurance santé, il va de soit que cela est en opposition avec le système étatique actuel. Ce n'est limite même pas la peine de le préciser. Étant donnée la mentalité française, il n'y a que de cette façon que l'on arrivera à "vendre" les idées libérales.


En bref, les idées libérales sont clairement bonnes, mais le discours est franchement mauvais.

Lorsque les libéraux dénoncent le fonctionnement actuel du syndicalisme en France, monsieur tout-le-monde entend et comprend "les libéraux sont contre les syndicats (au profit des patrons)". Le discours doit donc plutôt être celui-ci: "Nous libéraux, somme d'acharnés défenseurs du syndicalisme. Quelles sont nos propositions pour la défense du syndicalisme? La suppression du monopole de représentativité actuel et celle du financement des syndicats par l'État." Si les avancées obtenues par des syndicats libres ne concernent que leurs adhérents, comme ce devrait être le cas, le taux syndicalisation montera immédiatement en flèche, il n'y aura donc plus besoin que l'État se mêle des contrats passés entre employeurs et salariés.

Lorsque les libéraux combattent le SMIC, monsieur tout-le-monde entend "les libéraux veulent que les salaires baissent, ils veulent que les salariés touchent encore moins pour que les méchants patrons fassent toujours plus de profits". Le discours doit donc plutôt être celui-ci: "Nous libéraux, défendons les plus pauvres, les plus fragiles. Comment? En supprimant les lois qui empêchent les moins qualifiés, les moins chanceux d'entre nous d'avoir accès à l'emploi et qui les condamnent à la précarité"

Lorsque les libéraux défendent la privatisation du logement social ou la liberté des prix du loyer, monsieur tout-le-monde entend "les libéraux veulent pousser les pauvres à la rue". Le discours doit donc plutôt être celui-ci: "Nous libéraux, défendons les plus pauvres, les plus fragiles. Comment? En supprimant les lois qui empêchent les moins fortunés d'entre nous, ceux qui n'ont pas eu la chance de naître dans les milieux aisés, d'avoir accès à un logement. Et même mieux: nous proposons un chèque logement dégressif en fonction du revenu afin que tout le monde puisse se payer un logement".

Lorsque les libéraux défendent la privatisation de l'assurance santé et la liberté de choix de celle-ci, monsieur tout-le-monde entend "les libéraux veulent empêcher les plus pauvres d'avoir accès aux soins". Le discours doit donc plutôt être celui-ci: "Nous libéraux, défendons les plus pauvres, les plus fragiles. Aujourd'hui, seuls les catégories aisées ont les moyens de se payer une complémentaire santé, qui n'a de complémentaire que le nom. L'assurance santé étatique rembourse mal et coûte une fortune. Nous proposons de rendre aux Français l'argent qui leur appartient et ainsi permettre à chacun de payer l'assurance santé de son choix. Et même mieux, nous proposons un chèque santé dégressif en fonction du revenu afin que tout le monde puisse se payer une assurance santé de qualité, ce qui n'est clairement pas le cas du système actuel, pourtant excessivement cher".


Etc. etc.


Pour résumer, et pour reprendre le début de mon commentaire, les libéraux doivent frapper là où on ne les attend pas, en mettant en avant le côté de social intrinsèque au libéralisme, en défendant les "petits" contre les "gros" faisant partie ou étant proche du pouvoir, en dénonçant les privilèges accordés à telle ou telle catégorie etc. Et bien sûr en défendant la liberté.

C'est le seul moyen de casser l'image déplorable du libéralisme en France. Montrons, expliquons que le libéralisme, ce n'est vraiment pas une "doctrine économique de droite"…


J'oubliais: Daniel président! ;) Avec Vincent (Bénard) :)

Ecrit par : Mateo | 22.07.2008

On est parfaitement d'accord.

Le discours libéral des années 80 & 90 a échoué parcequ'il ne mettait en avant que les avantages de la liberté pour les cadres à haut revenus. C'est à la fois inexact en théorie et en pratique, et suicidaire sur le plan de la com. Ce qui a offert un boulevard a

Ecrit par : Daniel T | 22.07.2008

Le problème, c'est que je ne vois personne ayant ce talent là. Car le débat publique est un exercice extrêmement difficile. La rhétorique est un art que peu d'entre nous peuvent se vanter de maîtriser.

Nombreuses sont les personnalités compétentes, intelligentes et cultivées au sein du PLD ou d'AL. Mais je n'en connais aucune qui ait ce talent là. Le peu de fois où des libéraux d'AL ou du PLD sont passés dans à la télé, j'ai trouvé qu'ils n'ont pas été capables de réellement trouver les mots justes, l'argument imparable, la phrase qui marque face à leur adversaires, la plupart du temps assez fortement anti-libéraux. Par manque d'exercice et de pratique peut-être. Difficile cependant de leur en vouloir, ce ne sont pas des politiciens professionnels entourés de conseillers en com'.
Et c'est peut-être ça le problème, cette différence de "niveau" entre le "professionnel" et "l'amateur".

A moins que le PLD ait en son sein une personnalité non encore "dévoilée"? :)


J'ai également lu la quasi totalité des pages du site du PLD, et je n'ai pas franchement trouvé que le discours mettait clairement en avant les points dont je parlais. (Au passage, lorsque je les ai lues, il restait encore quelques fautes de frappes et d'orthographe, et la tournure de certaines phrases n'était pas très heureuse. Manque de relecture peut-être?)

Évidemment, en tant que libéral les propositions et les valeurs du PLD m'ont plu, mais je n'ai pas eu l'impression, au vu de la façon dont elles étaient présentées, qu'elles étaient à même de convaincre le non-libéral de passage… Mais ce n'était peut-être pas le but?

Sinon, rien à voir: des élections internes au PLD sont-elles prévues?

Je n'ai pas non plus vu de propositions concernant les liberté individuelles "sociétales", comme l'usage des drogues douces. Peut-être sont-ce des sujets trop polémiques auxquels les Français ne sont pas prêts et qu'il vaut mieux effectivement ne pas les évoquer (et il y a largement plus urgent et important que ces sujets-là). Mais je serais curieux de voir la position du PLD si un jour le débat est lancé sur la place publique…


Enfin bref, peut-être qu'un jour, pour la première fois de ma vie, je serai membre d'un parti politique (le PLD ;) ), mais pour l'instant l'envie n'est pas encore là, le PLD n'a pas encore achevé de me convaincre. J'attends en premier ce côté "pro" qui manque au PLD (et à AL, entre autres choses…).

Ecrit par : Mateo | 22.07.2008

Tout à fait Daniel !

Les racines de cet "industrialisme" sont profondes, depuis les jurandes et corporations qui négociaient leurs avantages avec le gouvernement du roi, jusqu'à Saint-Simon qui pensait qu'il fallait confier la chambre haute du parlement aux inventeurs et industriels (tout en pensant que l'intervention de l'état dans l'industrie était pernicieuse, la cohérence n'était pas la qualité première du saint-simonisme...).

De nombreuses concessions illibérales à la bourgeoisie entrepreneuriale, à commencer par la section des lois le Chapellier interdisant la formation d'associations professionnelles, et donc de facto les syndicats, ont beaucoup contribué à la mauvaise image du capitalisme en France au XIXème siècle, et furent combattues par quelques rares vrais libéraux.

Aujourd'hui encore, trop de gens assimilent le libéralisme à la favorisation inconditionnelle des desseins des entrepreneurs capitalistes, et donc ont peur que les puissants puissent plus que maintenant "leur marcher sur la gueule" si l'état s'efface de l'économie et du social. Il faut absolument que nous nous débarrassions de cette image là.

râbachons, répétons... inlassablement.

@Mateo: ton programme électoral me convient parfaitement ;-)

Ecrit par : vincent | 29.07.2008

@Mateo

Je comprend bien tes réticences à s'engager dans un parti politique, en particulier le PLD, maintenant on a justement besoin de talents pour construire un vrai parti libéral.

Et c'est maintenant que l'on peut peser sur les lignes politiques, notamment sur les points dont tu soulignes à juste titre les faiblesses actuelles.

Il y aura des elections en automne. Plus il y aura de libéraux 'classiques', plus ce nouveau parti libéral pourra présenter des idées cohérentes et sortir le libéralisme de son image 'industrialiste bourrin' qui le plombe en France.

Par contre si on ne se retrouve qu'une toute petite poignée à défendre cette ligne, le PLD risque de rejoindre la longue liste des partis divers droite sans trop de personnalité...

Sinon il y a l'université libérale début septembre en Bourgogne qui devrait permettre de nous connaitre. J'y serai. (et on peut y aller sans être adhérent..)

Voilà, voilà...

à bientot peut être

Ecrit par : Daniel T | 30.07.2008

Même si je ne pense pas être d'une grande utilité (ma culture du libéralisme est somme toute assez faible, et je n'ai aucun talent d'orateur), pourquoi pas, mais je veux d'abord jauger le "professionnalisme" du PLD.

Je crains également que le PLD se "droitise", qu'il soit pris par des conservateurs se croyant libéraux. Et c'est vrai que cela me pousse à y adhérer.

Pour l'université, j'ai pensé y participer mais je ne sais pas où je serai à ce moment là… Et puis, en général je profite de mes week ends pour sortir et voir les potes ;)
On verra si l'envie de rencontrer "en vrai" ceux que je ne connais que par le net et les autres sera plus forte. Sans compter les conférences qui m'intéressent également.
Je verrai bien.

Ecrit par : Mateo | 30.07.2008

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