29.12.2007

Du bon usage de la sarkophobie maladive


Six mois après mon vote, -sans enthousiasme mais sans état d'âme- pour Sarkozy, je ne regrette pas ce choix, surtout en le comparant aux alternatives.


A quelques exceptions près, il fait soit pareil, soit mieux que ses deux derniers prédécesseurs, ce qui compte-tenu des prédécesseurs, n'est pas une performance mais permet d'éviter une nouvelle contre performance.
En tenant grosso modo, la moitié de ses promesses à moitié, il devrait laisser la France dans un meilleur état qu'il ne l'a trouvée. Ce n'est pas si mal compte-tenu d'une opinion publique oscillant entre défiance systématique, pessimisme bon chic, bon genre et antilibéralisme pavlovien.

Les demi réformes de l'Etat sont bonnes à prendre, l'Etatisme/dirigisme n'est pas davantage revendiqué que lors des présidences précédentes (mais pas moins, hélas), les excentricités de comportement en valent d'autres. Bref rien d'enthousiasmant, mais pas de quoi sonner le tocsin.

C'est pourtant ce que font beaucoup de personnes, par ailleurs (parfois) fort estimables. Ces malheureuses sont atteintes d'un mal persistant qui les ronge jour et nuit : la sarkophobie maladive.

Entendons nous bien, je compatis totalement à la souffrance que supportent beaucoup de citoyens en subissant chaque heure éveillée, un bombardement massif d'informations, coups de pub, polémiques autour d'une personnalité qui les insupporte de manière épidermique. Nous avons tous nos têtes de turc médiatiques. Moi c'est Bruno Gaccio, le papa bourdieunal + d'arrogance des guignols ou Jean-François Copé, le vieux jeune cadre dynamique, multicumulard de l'UMP. Mais, surtout lorsqu'on a pas la télé, on ne peut pas dire que leur présence soit envahissante..


Exposé comme un nyctalope en plein soleil, le sarkophobe maladif est lui très malheureux et le clame bruyamment.

On ne changera pas Sarkozy, et la sarkophobie semble être une maladie incurable. Puisque les deux vont cohabiter pendant encore plus de quatre ans (peut-être encore neuf ans), il semble utile de voir ce que l'on peut tirer de positif de cette affection d'un point de vue libéral.

Je ne suggère donc en aucun cas une lutte contre la sarkophobie maladive. D'abord Sarkozy, on s'en moque, il est assez grand pour vivre avec certaines antipathies et il trimballe avec lui des gros morceaux de conservatisme/dirigisme.

Ensuite cela serait un défi perdu d'avance, le sarkophobe maladif tire beaucoup de fierté de son allergie. La sarkophobie maladive est une réaction épidermique violente qu'il faut instrumentaliser (he he he, diabolique) pour amener le sujet à prendre conscience de son libéralisme intraitable.

 

Le sarkophobe maladif ne juge pas l'action de Sarkozy entre trois catégories plutôt ternes :

- Ce qui est mieux que ces prédécesseurs/concurrents,

- ce qui est pareil

- ce qui est pire.

 

Le sarkophobe maladif classe donc les actions de Sarkozy entre :

- ce qui est une manipulation subtile et particulièrement perverse ayant l'apparence d'une bonne initiative

- ce qui est un scandale inadmissible, inacceptable, unique depuis la nuit des temps, sans précèdent depuis le début de la V eme république et de la civilisation occidentale.

- ce qui est le début indiscutable d'un IV éme Reich tendance satanique berlusconien. Les portes de l'enfer vont bientôt s'ouvrir.

Le but d'un libéral est donc de surfer sur ces catégories pour faire passer ses idées. Inutile donc de faire remarquer que ces reproches sont un tantinet excessifs ou que d'autres ont fait/font pareil ou pire que lui dans une indifférence totale, voire des louanges : c'est contre productif. Il faut encourager le phénomène pour mieux le canaliser. (Machiavélique, je vous dis)


Voici quelques pistes possibles à exploiter lors d'un verre avec un sarkophobe maladif. (N’aillez pas peur de discuter avec des sarkophobes maladifs, ce n'est pas contagieux, c'est même le contraire. La sarkophobie maladive a joué un rôle majeur dans l'élection et la popularité de Sarko)

"Avec sa peopolisation, Sarko rabaisse la politique à un niveau superficiel. En plus, je ne peux pas m'intéresser à des reformes législatives venant de quelqu'un qui porte des lunettes de soleil aussi tartes."


Les RayBan de Sarko sont effectivement très tartes. Maintenant cette peopolisation est voulue par une grande partie de l'électorat. Est-ce qu'il est raisonnable que le pouvoir politique empiète autant sur la liberté de chaque personne, alors même que ce pouvoir politique tombe aux mains d'un électorat aussi superficiel, tranchant les décisions collectives sur des critères aussi subjectifs ? Non, pour que le bon goût et le bon sens triomphent, il faut limiter le rôle de l'Etat. Il faut laisser la liberté à des personnes comme vous qui ne choisiraient jamais des RayBan aussi tartes, alors que celles de Matrix sont tellement cool.

"En tant que républicain vieille école, je suis scandalisé que le président de la république ne fasse pas semblant d'être la reine d'Angleterre comme ses prédécesseurs. Au lieu de ça, il s'occupe de tout lui-même, c'est une dérive bonapartiste scandaleuse. hic."

Entièrement d'accord. Le président de la république n'a pas à s'occuper de tout parce que l'Etat n'a pas à s'occuper de tout. Maintenant plutôt que se focaliser sur un seul homme, il faut résister à tous ces médias bonapartistes -de l'express à Marianne, de TF1 à Arte- qui exigent que l'Etat s'occupe de tout, des méthodes de lecture, du pouvoir d'achat, du prix de l'essence, du logement, de l'art contemporain. Laissons faire les personnes libres seules ou s'associant librement, et le président ne pourra plus s'occuper de tout. (et il passera moins à la télé.)


"Le président ne cache pas ses amis riches comme les autres, c'est dégoûtant et ça laisse flotter un parfum de clientélisme."

C'est vrai que les riches, c'est dégoûtant. Maintenant si les riches aiment bien Sarkozy, c'est parce que l'Etat passe son temps à intervenir directement dans la vie économique (protectionnisme, subventions, passe droit, VRP auprès des dictateurs etc..) sans rien y apporter de positif ou si peu, mais en se transformant en pot de confiture (ou plutôt en tonneau) pour industriels ambitieux. Interdisons à l'Etat d'intervenir à tort à travers dans les échanges de biens et de services entre personnes libres, et le président de la république, sans pouvoir direct sur les gros sous privés, pourra vivre des vraies histoires d'amitiés, même avec les riches. Et le monde sera plus beau.


"Les médias ne sont plus libres, les journalistes lèchent la main qui les nourrit, c'est bien connu. Le sarkozysme a une domination totale, absolue et sans partage sur la presse sauf sur Marianne, le Canard, Charlie Hebdo, le nouvel Obs, l'humanité, Télérama etc..etc.."


Farpaitement, ces journalistes, sans honte, lèchent la main qui les nourrit : leurs lecteurs. Mais il y a pire, les médias qui ne dépendent pas des lecteurs, mais de l'Etat (entièrement contrôlé, faut il le rappeler par l'ignoble Sarkozy.). Journalistes sous contrôle de l'Etat qui se sentent obligés plus que tous les autres de lui cirer en permanence les pompes -apologie permanente des subventions, de l'interventionnisme, du dirigisme- activités, comme par hasard, favorites de Sarkozy l'interventionniste. Rendons la liberté à ces journalistes obligés de s'humilier pour ce monstre froid et bureaucratique. Privatisons le service public audiovisuel et utilisons librement notre redevance pour financer des médias qui nous plaisent.

"Avec son comportement, Sarkozy donne au pays des valeurs matérialistes ou les signes extérieurs de richesses sont une fin en soi. C'est d'une vulgarité..."


Et oui, Sarkozy bling bling a une fascination pour ce qui brille. Mais contrairement aux socialistes et aux conservateurs, les libéraux ne croient pas que l'Etat, et donc son président, ait le pouvoir/le droit de dire le vrai, le bien, le beau. Ce sont des gens comme vous qui portent des valeurs humanistes. Adorer un Etat-Dieu, mettre sur un piédestal son grand prêtre président, est le plus sûr moyen de favoriser des valeurs qui ne vous ressemblent pas, que le président soit un florentin arriviste, une tête de veau corrompue ou un louis de funes bling bling.


Tout l'enjeu est donc de montrer que l'étatisme ambiant est un amplificateur du terrible sarkozysme, et que pour faire de l'anti-sarkozysme durable (<- ultrachic, comme tout ce qui est durable), le mieux est de s'engager contre l'étatisme et le dirigisme. Le mieux est de devenir libéral.


Avec un peu de chance, les années Sarkozy seront des années fastes pour les libéraux français. D'une part par les aspects libéraux de la politique de Sarkozy, d'autre part, avec ses aspects conservateurs/blingbling/dirigistes comme repoussoir vers le libéralisme authentique.

Bonne année 2008 à tous, électeurs de Sarkozy enthousiastes ou résignés, opposants sceptiques ou revulsés !

11.12.2007

Les huitres chaudes au camembert fondu sont libérales


Des deux contrées exotiques que j'ai eu la chance de visiter cette année, l'Inde du Nord et la Normandie, ce n'est pas dans la plus lointaine que j'ai mangé le plat le plus surprenant.


J'ai en effet découvert dans un restaurant d'Etretat une spécialité culinaire dont le nom seul fait frémir les âmes sensibles :
Les huîtres chaudes au camembert fondu.

 

 

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En lisant le menu, j'ai un peu hésité à l'idée de faire souffrir inutilement ces pauvres petites bêtes qui m'ont déjà donné tant de bonheur (et quelques gastros).


J'ai même poussé l'hésitation jusqu'à poser la question ridicule entre toutes à la serveuse : « eeuh, est-ce que c'est bon des huîtres chaudes ? »

Celle-ci, professionnelle et impassible ne m'a pas répondu comme elle devait en bouillir d'envie : 'non monsieur, c'est dégueulasse, c'est pour ça que nous les mettons au menu.'. Elle m'a simplement précisé poliment mais sans se mouiller qu'en général, les clients appréciaient ce plat.

Elle avait raison, je suis client et j'ai apprécié : C'est très bon.

Les huîtres normandes vivent très bien cette baignade dans une mer tropicale et le camembert fondu donne une consistance agréable à l'ensemble.

Pour rajouter une connotation polique à cette chronique culinaire un peu déplacée dans un blog politique, je suis obligé de faire très exceptionnellement preuve de mauvaise foi.

Ceux que la mauvaise foi  indispose (et qui aiment malgré tout la politique..) peuvent donc s'arrêter de lire ici.
Vous êtes toujours là ? Je me disais aussi qu'aimer la politique sans un peu de mauvaise foi de temps en temps, c'est surprenant.

Bref, si il y avait une philosophie politique de la cuisine comme il y a une philosophie politique de la politique, les huîtres au camembert chaud seraient sans aucun doute libérales.

F. Hayek place au cœur de la doctrine libérale l'ordre spontané et un processus de découverte basé sur les essais/erreurs des entrepreneurs.

Contrairement à l'ordre construit, socialiste, ou la toute puissante Raison balaye des phénomènes complexes puis en tire des plans parfaits pour bâtir une société idéale.

Ce qui nous amène à l'origine de la spécialité gastronomique du jour. Comment a pu être inventé un plat aussi saugrenu que celui-ci ?

Et là, la sentence est sans appel :

Il est totalement impossible qu'un esprit sain ait par la force de la raison pu inventer un plat aussi incongru que les huîtres chaudes au camembert fondu.

C'est forcement deux entrepreneurs normands, un éleveur et un ostréiculteur qui à tâtons ont fini par créer  les huîtres chaudes au camembert chaud.

Ou plutôt trois entrepreneurs :
un éleveur pour le camembert, un ostréiculteur pour les huîtres et un agriculteur pour le calva qui a arrosé abondamment les réunions de travail à l'origine de ce plat.

Jamais une commission d'experts constructivistes n’aurait pu construire un plat comme celui-ci.

Les huîtres chaudes au camembert fondu doivent forcément leur existence à un phénomène au cœur de la doctrine libérale : le processus de découverte des entrepreneurs, et l'ordre spontané.

Vive le libéralisme, vive les huitres chaudes au camembert fondu !

Ah oui, sinon Etretat c'est toujours magnifique.

 

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