11.05.2007
Etudiants en grêve, souvenirs, souvenirs...
Une dépêche de l’AFP me fait mesurer les progrès accomplis depuis mes vertes années, ou j’étudiais la physique dans les amphithéâtres de l’université de Jussieu :
« Des étudiants votent la grève et le blocage de la faculté de Tolbiac à Paris »
Le progrès n’est naturellement pas dans la grève, ni dans le blocage. Mais dans l’article indéfini ‘Des’.
Il y a 16 ans, cet article indéfini restait bloqué dans les claviers des grandes rédactions au profit de son concurrent totalitaire l’article défini ‘Les’.
« Les étudiants de Jussieu exigent que 20 milliards de dollars soit versé par les USA au peuple irakien en dédommagement de leur agression. » Je me rappelle de cette manchette parce que j’avais assisté à l’assemblée générale à l’origine de ce titre de Libération.
C’était la première guerre du Golfe, et Bush papa venait de renoncer à renverser à Saddam suite à une campagne foudroyante.
Pour la faune gauchiste qui fait le charme de nos campus (UNEF, Parti des Travailleurs, Ligue Communiste Révolutionnaire, Lutte Ouvrière, Ras le Front, No Pasaran, Jeunesse Communiste Révolutionnaire, Collectif Militant Trotskiste etc… etc.. etc… ), cette période était une ébullition permanente comme aux plus beaux jours du Vietnam.
On ressortait les vieux slogans sur l’impérialisme américain, on dépoussiérait les vieilles affiches, on organisait tractages, sitting, manifs anti-guerre, blocages, assemblées générales (AG pour les intimes) actions coup de poings, pétitions de solidarité avec le peuple irakien. Bref le bonheur, presque comme 68.
Ayant repéré, une jolie petite brunette qui m’avait distribué un tract à la sortie du métro avec un sourire à faire fondre le plus endurci de libéraux, je m’étais rendu dans l’AG Anti-guerre du jour dans l’espoir de la revoir.
Elle n’était pas là, mais elle m’a permis d’assister pour la première fois en direct à la fabrique de l’information.
C’était donc une AG contre la guerre en Irak, un amphi clairsemé ‘réquisitionné’ par les forces du bien, du vrai et du gauchisme, une trentaine de militants des dites forces reconnaissables à leur uniforme (Foulard palestinien, docmarteen’s rouges avec des étoiles anars griffonné dessus, pin’s SCALP de rigueur), et deux leaders de révolution sur l’estrade en train d’haranguer la foule (enfin les trente militants).
L’objet du débat était une motion sur les réparations que l’ogre américain devait verser immédiatement au peuple irakien. Lorsque je suis arrivé, la phrase « Les étudiants de Jussieu exigent que 5 milliards de dollars de dédommagement soit versé par les USA au peuple irakien en dédommagement de leur agression. » était en discussion.
Militant 1 :Copains (Le mur venait de tomber, le mot ‘Camarade’ trop marqué politiquement était banni, la nouvelle norme était donc ‘Copain’), je trouve que le montant de 5 milliards, c’est trop peu, je propose plutôt 50 milliards
Leader sur l’estrade : Est-ce que nous adoptons la motion de notre copain de la cinquième rangée pour les 50 milliards de dédommagement ?
Militant 2 : Non, je comprends ta rage, copain, mais il faut être raisonnable, je propose plutôt 20 milliards.-
Militant 1 : Ok copain, ce montant me convient aussi.
Leader sur l’estrade : Parfait, nous procédons donc au vote pour la motion de 20 milliards de dollars. Qui est pour ?
La motion a été adoptée avec 27 voix contre 3. (Contre dont je faisais parti, les USA doivent m’en être éternellement reconnaissants.)
Cette grande guignolade m’avait plutôt amusé, l'absence de la brunette n'ayant été qu'un délai pour le rateau magistral que je me suis pris trois jours plus tard, lorsque je l'ai recroisé, fidéle au poste, en train de tracter à cette sortie de métro.
J’ai par contre un peu moins rigolé le lendemain, lorsque j’ai constaté dans quelques quotidiens très sérieux, une dépêche signalant que « Les étudiants de Jussieu exigent que 20 milliards de dollars de dédommagement soit versé par les USA au peuple irakien en dédommagement de leur agression. ».
La poignée de 30 rigolos sur les milliers d’étudiants de Jussieu avait donc pu parler au nom de ces derniers grâce à ce ‘Les’, article défini, dans toute la presse française.
On retrouve cette tendance au ‘Les’ à chaque grève, pétition d’extrême gauche, incident politiquement correct répercuté par les médias : ‘Les lycéens’, ‘Les cheminots’, ‘Les intellectuels’, ‘Les ouvriers’, ‘Les jeunes’, ‘Les jeunes de banlieue’ etc…
Ce ‘Des’ dans la phrase « Des étudiants votent la grève et le blocage de la faculté de Tolbiac à Paris » est donc peut être l’hirondelle annonciatrice du printemps. Les médias vont peut être enfin nuancer chaque mouvement dit ‘social’ en mettant en avant, lorsque c’est le cas, le coté minoritaire et non représentatif des personnes à l’origine de ces dits-evenements…
Vivement le printemps.
13:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
Super sympa,et édifiant de réalisme.
Une poésie dynamique, pourrait on penser que sa fin soi positive, sur un coup de Dé(s).
A++ et bon courage pour le reste
Alan de BX
Ecrit par : ALAN DE BX | 11.05.2007
Surtout que ce "des" ne représente généralement qu'un centième (oui, un centième) des étudiants de la fac. Un échantillon bien sûr non représentatif puisque les amphis sont bourrés de militants gauchistes, et surtout, cela va de soi, non élus.
Les blocages sont inadmissibles et ce serait un grand progrès que d'autoriser les CRS à intervenir, dès le premier jour. Comme ça au moins, ils sauront à quoi s'attendre !
Ecrit par : Eliott | 13.05.2007
Votre billet est d'un humour et d'un réalisme prenants. Je suis actuellement étudiant en faculté de sciences économiques et gestion, à Paris II, et même dans cet établissement nos cher collèges faqueux de l'UNEF font rage, ce qui me déplait forcément. Mais nous en revanche, ne sommes pas trop victimes de blocages, n'est-ce pas, car nous avons vite fait de les déloger lorsqu'ils commencent à entonner des serenades pseudo-anti-impérialistes pleines d'idées ridiculement utopiques et dirons-nous... gentillettes.
Le réalisme, aujourd'hui comme hier, c'est la politique libérale.
Suite à la lecture de votre programme, auquel mes idées s'accordent pleinement, vous pouvez être sûr d'avoir mon soutien le 10 juin et peut-être, peut-être, le 17.
Ecrit par : JP Chabert | 01.06.2007
Les commentaires sont fermés.