28.03.2007

Amnesty International dérive...

En 1961, deux étudiants portugais portent un toast à la liberté. Tarif : 7 ans de prison dans le Portugal de Salazar.

Deux avocats Anglais et Irlandais fondent alors une organisation internationale et apolitique pour défendre le droit à la liberté d’expression.

Leur méthode est à la fois simple et originale, faire de la publicité autour des prisonniers politiques ou des victimes de torture.

Des groupes soutiennent ‘leur’ prisonnier à travers des courriers, et chaque particulier peut prendre sa plume pour demander la libération ou un procès équitable aux autorités responsables de l’incarcération.

Ecrire une lettre au nom d’Amnesty est toujours une expérience forte.

Quelqu’un dont vous ne connaissez que très peu de choses, un portrait, quelques lignes racontant son histoire est emprisonné à l’autre bout de monde pour avoir exercé un droit fondamental dont vous jouissez tranquillement dans votre pays.

Mais c’est à son geôlier que vous écrivez. Et vous lui écriviez sans même l’insulter !

Pas de ‘vieille crapule sanguinaire’ ou de ‘sale ordure autocratique’

Mais des ‘Votre Excellence, Président de la république’ ou ‘Sa grandeur, Monsieur le premier ministre’, suivi d’une requête précise et polie.

Et ça marche. Pas tout le temps. Mais souvent. Les sales ordur.. enfin les Excellences préfèrent commettre leurs atrocités dans l’ombre. Des petites lettres et déjà, c’est plus compliqué.

De nombreux prisonniers politiques ont été libéré ou ont vu leur sort en prison s’ameliorer sous l’action de milliers de lettres d’anonymes.

Ces courriers étaient appuyés par un travail de fond du siége d’amnesty. Un travail extrêmement précis sur les violations exactes commises par les régimes visés.

Un militantisme austère, modeste et rigoureux au service des droits fondamentaux de l’Homme. Et un moyen d’action dérisoire et pourtant efficace : Des petites lettres polies pour soutenir un inconnu dans l’exercice d’un droit naturel : la liberté.

Malheureusement Amnesty change et pas en bien.

Depuis 2001, l’association a étendu son champ d’activité aux droits économiques, sociaux et culturels. Un grand bazar parfois sympathique mais souvent un vaste terrain vague soumis à toutes les modes collectivistes et au jargon politiquement correct.

On soutient moins M Yun, professeur interné dans un camp de travail au nord de la Chine, mais les homosexuels (en général) au sud du Congo.

On ne défend moins le droit fondamental : la liberté d’expression en Tunisie, mais un droit créance : le droit opposable au logement en Allemagne.

On ne défend moins Mme Mona, Avocate en Egypte mais la lutte contre la violence faite aux femmes aux USA..

C’est dommage pour deux raisons.
Sur le fond : On ne défend plus une personne précise pour l’exercice de ses droits fondamentaux, mais des larges groupes anonymes, des ‘minorités’ ou définies comme tel, souvent sur des droits créances souvent vagues.
Sur la forme : Amnesty était la seule organisation qui défendait la liberté d’expression et les prisonniers politiques, elle rejoint désormais une longue liste d’associations humanitaires aux causes souvent respectables d’ailleurs, mais qui n’avaient pas particulièrement besoin d’Amnesty.

Alors bien sur il y a des beaux restes : l’édition chaque année d’une encyclopédie des horreurs décrivant pays par pays les violations les plus flagrantes des Droits de l’Homme, des soutiens à des prisonniers politiques. Mais tout cela est désormais noyé dans au milieu d’une immense liste de causes globales ou tout est dans tout et inversement..

Et pourtant, les prisonniers politiques, seuls dans leur cellule, ont toujours un besoin énorme de cette organisation en train de se disperser.

Il faut continuer de défendre les Nelson Mandela d’aujourd’hui, pas parce qu Nelson Mandela est noir et pauvre, mais parce qu’il est Nelson Mandela, personne unique exerçant son droit à la liberté d’expression.

Il faut continuer de défendre les Suu Kyi d’aujourd’hui, pas parce que Suu Kyi est une femme, mais parce qu’elle est Suu Kyi, personne unique exerçant son droit à la liberté d’expression en Birmanie sous contrôle d’une junte militaire.

Il faut qu’Amnesty se reconcentre sur ce qu’elle savait faire de manière unique et efficace : la défense des prisonniers politiques et de leurs droits fondamentaux.

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