16.01.2007

Delocalisation du babacoolisme

Bonjour de Pushkar, ville sainte ou Brahma a fait tomber une fleur de Lotus.

Aujourd’hui, c’est une ville de pèlerinage très importante et le passage obligé des alters occidentaux tendance migrateurs. Certains y font d’ailleurs leur nid. Notre hôtelière est arrivée ici en 1977, avec le ‘Magic Bus’ qui faisait Londres-Katmandou en deux mois et demi. L’ambiance de son tout petit hôtel a d’ailleurs gardé des saveurs (et des couleurs) du babacoolisme.
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Woodstock avait de gros morceaux de libéralisme libertaire dedans. (En France mai 68 en a capté quelques parcelles, l’autre tendance de 68, étant le gauchisme maoisto-trokysto-quelquechose et son culte pour les solutions étatiques fortes, les révolutions violentes. Ces deux tendances hippie et gauchiste étant comme l’huile et le vinaigre des qu’on arrête de les secouer). JF Revel dans ‘Ni Marx, Ni Jésus’ parle longuement du phénomène Hippie et flower power, autant méprisé par les conservateurs français que par les socialistes bon teint. D’abord parce qu’il venait des USA, ensuite parce qu’il ne plaçait pas l’Etat comme centre de tout. Deux fautes de goût impardonnables pour les gardiens du temple idéologique français. On trouve donc ici l’écume de ce mouvement plutôt sympathique.

Pour en revenir aux délocalisations, le milieu où je travaille (l’informatique financière) bruisse de rumeurs concernant le départ vers l’Inde de services administratifs entiers. La délocalisation est devenu une activité à part entière des grands cabinets de consultants qui en ont systématisé les méthodes. La délocalisation permet des économies d’échelle importantes mais présente aussi des risques ou des inconvénients non négligeables.
D’abord, elle impose une formalisation ultrapointue des spécifications, pas toujours adaptée à des besoins qui changent rapidement ou a des petits projets.
Ensuite elle expose à des problèmes contractuels importants (Faire valoir le respect des termes d'un contrat est parfois difficile...)
D’autre part, l’Inde a hérité d’un droit du travail byzantin, vestige de sa période socialisante.
Et enfin, pour beaucoup de fonctions, le marché du travail se tend. Les salaires augmentent déjà rapidement.
Ces inconvénients n’empêcheront pas des centaines de millions d’emplois informatiques d’être créés dans ce pays. Il y a en 800 000 actuellement, qui permettent la création de 2 millions d’emplois indirects. Le nombre d’emplois informatiques devrait passer à 2 millions en 2008. L’Inde est déjà le deuxième producteur mondial de logiciels.
Ce dernier paragraphe commence a ressembler aux ouvrages de certains pères fouettards plus souvent statistologues qu’économistes, nous présentant les étrangers comme des travailleurs inoxydables, dociles et heureux de l’être pour mieux nous justifier les sacrifices que nous devrions faire.
Ces pages que l’on trouve aussi parfois chez Nicolas Bavarez ou Thomas Friedman (dans la terre est plate) ne sont pas à mon avis le meilleur de leurs réflexions :
La France a besoin de reformes avec ou sans étrangers inoxydables. Ces reformes, qu’elles soient étatiques ou privées, permettront d’augmenter la productivité donc de disposer de plus de biens OU de temps libre.
Les étrangers ne sont pas inoxydables.
Plus de richesses en Inde, ça n’empêche pas plus de richesses en France, au contraire. Le gâteau de l’économie de marché est surprenant, plus il y a de parts, plus il grossit.
Sur le travail, il est parfaitement légitime de faire un arbitrage en faveur du temps libre plutôt qu’en faveur de davantage de revenus. Le taux de croissance est une macrostatistique parmi d’autres, certainement pas une fin en soi, encore moins au niveau individuel. Le tout est de ne pas exiger le temps libre ET les revenus supplémentaires payés par ceux qui travaillent davantage (voire par ceux qui vont travailler dans quelques années.)

Bref pas la peine d’utiliser les pays émergents et les délocalisations comme épouvantail, ou d’insulter les méchants Français qui aiment le bon vivre (très très mal) plutôt que 60 heures de travail par semaine pour justifier des reformes utiles de toutes manières, et permettant à terme d’avoir plus de bon vivre. Ces faux amis du libéralisme -vrais conservateurs- présentent parfois une vision du futur si peu ragoûtante qu’on deviendrait troskysto-revolutionnaire pour échapper à l’avenir qu’ils nous présentent
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Je continuerai bien cette envolée lyrique sur notre futur radieux, mondialisé et libéral, mais un des lapins qui trottine dans la cour intérieure ombragée de notre hôtel zéro étoile, 6 couleurs pétantes, vient d’entrer dans notre chambre. Je vais le chasser avant qu’il mange mon sac à dos. Je ne peux même pas le tuer pour le manger car la consommation de viande est interdite dans la ville sainte de Pushkar.

Commentaires

Plus de richesses en Inde, ça n’empêche pas plus de richesses en France, au contraire. Le gâteau de l’économie de marché est surprenant, plus il y a de parts, plus il grossit.

Allez faire comprendre une telle évidence à des marxistes. Ils seraient obligés de PENSER par eux-même.

Ecrit par : Jean Pierre | 17.01.2007

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